le Temps des Rêves

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Interview de Lucie Gaillard, illustratrice Pierres d'Encre 7 18/04/2018 14:00

- Bonjour Lucie. Tu as illustré le recueil de poésie Pierres d'encre n°7 qui sortira en avril 2018. Comment en sommes nous arrivés là ?

- Une amie m’a identifiée sur Facebook sur l’annonce de l’appel à illustrateurs du Temps des Rêves. Je suis allé voir sur le site et j’ai jeté un coup d’œil à ce qui avait été fait les années précédentes. J’ai vu que ça avait l’air hyper vivant, que c’était varié, qu’il y avait plein de supports différents. Je n’ai jamais vu les Pierres d’Encre en vrai et je ne connaissais pas du tout l’asso du Temps des Rêves mais ça m’a suffi pour me faire une idée. Et puis j’ai vu que c’était du noir et blanc qui était demandé. J’adore dessiner en noir et blanc, alors je me suis dit : « pourquoi pas ? ».

- Justement, parlons de ta technique. Peux-tu nous en dire quelques mots ?
- La plupart du temps, j’utilise un stylo noir fin indélébile et du papier canson. J’aime beaucoup la naïveté qui se dégage de ce genre de trait. Je cherche à épurer au maximum, à simplifier. Je suis davantage en quête d’ambiance que de ressemblance. Souvent, aussi, je mets quelques touches de couleur. Globalement, c’est cette technique-là que j’utilise le plus, pour les commandes.

- Les commandes ? Quel est ton public ?

- C’est surtout mon entourage. Il y a quelques personnes qui me disent que je devrais vendre davantage mon travail mais aujourd’hui, je manque de temps pour honorer les commandes. Dessiner n’est pas mon métier. Pour l’instant, je dessine plutôt pour moi, au quotidien. Mon boulot m’en donne aussi assez souvent l’occasion. Il se passe rarement un jour sans que je ne dessine.

- Si ce n’est pas indiscret, tu travailles dans quoi ?

- Je travaille à la mairie de Torcy en Bourgogne, dans un centre culturel. Je peux être amenée à dessiner pour le site de la mairie, sur leur page FB, pour des affiches mais aussi sur les vitres de la commune, au posca. Sinon, je gère le lieu culturel, j’organise des animations. Les mercredi après-midi, dans le cadre de l’aménagement des rythmes scolaires, je m’occupe des enfants après l’heure du conte. Je redessine la couverture du conte pour qu’ils puissent ensuite la colorier. Le matin, j’ai un groupe de sept petites filles avec qui je fais de la peinture, de la couture, du travail sur bois, sur galet... On fabrique des livres aussi, des origamis. Je travaille dans un quartier sensible : les enfants n’ont pas souvent l’occasion de découvrir ce genre de choses. Ça me plaît de faire ce travail, même si j’aimerais me consacrer davantage à l’Atelier des Lucioles.

- L’atelier des Lucioles ?
- Oui. Ma grand-mère qui m’appelait Luciole ! L’atelier des Lucioles, ce n’est pas (encore !) une structure déclarée, c’est juste un nom que je donne à mon travail. C’est sous ce nom-là qu’on peut me retrouver sur Facebook [LIEN A INCRUSTER : https://www.facebook.com/LAtelier-des-Lucioles-Cr%C3%A9ation-983257648369320/] et sur Instagram [LIEN A INCRUSTER https://www.instagram.com/latelierdesluciolescreation/]. Je suis assez présente sur Instagram. C’est un peu ma vitrine. C’est aussi ma bulle, mon petit monde, mon univers. J’y publie mes dessins, mes petits sketchs mais aussi d’autres créations, qui marchent assez bien : mobiles, créations en fil de fer…

- Tu m’as l’air d’être une femme pleines d’idées et d’envies créatives. Ça a toujours été le cas ?

- J’ai toujours dessiné. Mes parents ont vite senti le truc. Je m’inventais des petits carnets, je faisais des BD... À 9 ans, ils m’ont inscrite à des cours d’arts plastiques. Ce n’était pas du dessin à proprement parler mais on peignait, ce qui m’a beaucoup appris, notamment sur les échelles, les mesures, la proportionnalité...
Et puis mon grand-père dessine vraiment bien. Mon père aussi. J’ai dû attraper ça. Mon grand-père m’a beaucoup appris. Il était du genre à mettre un pot de fleur devant moi et à me dire de le dessiner.

- Et quand on t’a mis devant les poèmes de Pierres d’Encre n° 7 et qu’on t’a demandé de dessiner, ça t’a fait quel effet ? C’était la première fois que tu participais à un projet de cette ampleur ?


- Oui, c’était la première fois. Quand j’ai reçu les poèmes, je les ai tous imprimés. Ça faisait une liasse assez impressionnante et, au début, j’ai un peu paniqué. Ensuite, j’ai adoré. J’ai souvent été en contact avec Emeline, la maquettiste. Je savais que je pouvais lui poser des questions. Elle a toujours été compréhensive et je ne me suis jamais sentie oppressée, obligée. C’était important, que je me sente libre.


- Comment as-tu procédé, pour illustrer les poèmes ?

J’ai commencé par les lire plusieurs fois. Dans ma tête, j’ai fait un tri entre ceux que je sentais bien et ceux qui me semblaient plus compliqués. J’ai fait des crayonnés en face de chaque poèmes pour ne pas oublier mes premières idées. Pour moi, les premiers jets sont les plus importants ; ils sont plus purs, c’est eux qui rendent le mieux mes impressions. La plupart du temps, une idée me venait à la lecture de chaque poème mais il faut bien dire que parfois, ça ne venait pas ! Parfois, je ne comprenais même pas le sens du poème ! Ça, c’était dur !

- Qu’est-ce qui t’a semblé le plus difficile ?
- Au début, j’ai été un peu gênée par la consigne qu’on m’avait donnée de ne pas faire de personnages. Finalement, cette contrainte m’a permis d’aller chercher ailleurs et ça m’a plu.
La deuxième chose qui m’a semblé difficile, c’était l’ambiance très sombre de pas mal de textes. Il y avait des gens perdus, des maisons abandonnées, beaucoup de mélancolie. À la première lecture, j’étais à fleur de peau. À un moment, je me suis même demandé si mon style aller pouvoir coller aux textes. Je suis plutôt une fille qui fait ressortir le positif, le pétillant de la vie… alors j’ai essayé de traduire quelque chose de lumineux sans trahir pour autant l’ambiance du poème. Ça m’a obligé à travailler sur un côté plus noir et au final, je trouve que ce mélange entre ombre et lumière fonctionne plutôt bien. Et puis avec le recul, il y avait aussi de la lumière dans les textes, un peu comme des étoiles.

- Y avait-il tout de même des poèmes qui correspondaient à l’énergie pétillante que tu déploies dans tes créations ?
- Oui. J’ai beaucoup aimé illustré « Le Phare », « Le Piano », « Hors la ville »... Dans certains dessins, j’ai pu réutiliser des motifs qui font vraiment partie de mon travail. Les maisons, par exemple, je les dessine souvent. Le phare, pareil.

- Tu penses que ça t’a pris combien de temps, au final ?

- J’ai compté, pour avoir une idée : 60h ! Certains jours, je m’y mettais vraiment longtemps. Parfois, je n’y touchais pas du tout. Parfois, je ne trouvais pas l’inspiration, alors je remettais au lendemain. Le plus laborieux, au final, c’était de scanner les dessins. Dessiner, c’était un vrai plaisir. Et j’ai beaucoup aimé le travail qu’a fait Emeline, la maquettiste, d’isoler certains motifs, de les répéter, etc.

- On note pour la difficulté du scan. On s’organisera peut-être autrement avec les prochains illustrateurs au besoin. Toi, si c’était à refaire, tu le referais ?
- Oui, ça dépend avec quelle technique, mais avec celle-là, oui. Pour tout dire, quand j’en avais parlé autour de moi, on m’avait dit « ne fait pas ça, c’est pas payé ». C’est vrai que c’est beaucoup de travail mais je me suis dit que c’était un bon tremplin, un bon moyen de me faire connaître. Au final, je ne suis pas payée mais je n’ai pas non plus besoin de payer un maquettiste ni un imprimeur pour me faire un book et j’ai des exemplaires à donner autour de moi. J’ai travaillé bénévolement mais c’était avec d’autres bénévoles : chacun y met du sien, je pense. Ce qu’on gagne, c’est de faire de jolies choses ensemble. Pour résumer, je dirais que si on se lance dans cette aventure, il faut le faire avec envie et passion, en sachant que ça demande du temps.

- Merci Lucie ! À bientôt, sur un de nos salons ou événements, sûrement.
- Avec plaisir !


interview par Flora Delalande

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